Jules et Enzo se réveillent, ils vont prendre un café. Emma est toujours hésitante à aller leur raconter…

– Emma… sors de ta chambre…
– Ouiiii ? Qu’est ce qu’il se passe ?
– Qu’est-ce que tu as fait ?
– Bahhh euhhhh

Elle essaie de trouver les mots justes. Visiblement Enzo est déjà au courant… Les nouvelles vont bien vites.

– Comment tu as su ?
– Eh bien une des personnes m’a envoyé un message… Elle s’est retrouvée avec une diarhée sur des chiottes ? C’est quoi ce délire ?
– Bah j’étais stressée et… Je suis désolée, j’ai pas contrôlé. Je sais pas faire ça moi…
– Tu vas apprendre…
– Mais y avait plein de gens et ils se moquaient de moi !
– Apprends à te détacher alors, je sais pas moi !

Emma commence à avoir les larmes aux yeux et retourne dans sa chambre. Jules reprend avec Enzo.

– T’as pas le droit de lui faire ça.
– Mais elle a tout foutu en l’air pour une histoire qui ne tient pas debout !
– Pour toi sans doute… pour elle ça avait du sens.
– Ce n’était qu’un rêve bordel !
– PAS POUR ELLE. Mmmh ok, prenons ça autrement. Quelle est ta plus grande peur, ta plus grande phobie ?
– Je n’en ai pas, une phobie est une peur irrationnelle, or la rationnalité est ma base.
– Tout le monde a peur de quelque chose. De la vie, de la mort, des araignées, des serpents, des livres, des prêtres… n’importe quoi… C’est justement parce que c’est irrationnel que c’est une peur. Donc cherche une de tes peurs. Une seule…
– D’accord, d’accord… l’agalmatorémaphobie…
– La quoi ?
– L’agalmatorémaphobie… c’est la peur que les statues se mettent à bouger.
– Ahah c’est pas commun au moins !
– Tu voulais quoi exactement ? Te moquer ?
– Voilà, tu comprends. Imagine que tu es dans une forêt entouré de statues qui se moquent de toi…
– Si c’est un…
– C’est pas un rêve. Je te rappelle qu’Emma ne distingue pas ses rêves et cauchemars de la réalité. Pour elle tout est rêve et réel à la fois.
– Merde…
– Voilà… Je conçois que ça soit compliqué à comprendre, mais elle est hypersensible et ne réagira jamais comme tu le veux toi, elle ne sait pas faire ça. Par contre, elle saura te transporter d’un claquement de doigts des larmes au rire. Elle est capable de te faire oublier l’essentiel parce que juste tu te sentiras libre avec elle. Libre de parler, de ne pas être jugé. Tu auras beau avoir fait les pires saloperies dans ta vie elle sera incapable de porter un jugement sur toi. Par contre sa franchise te ramènera à la réalité : quand tu seras au fond du trou elle te foutra une décharge éléctrique au cul pour que tu le quittes ce trou.
– Je sais tout ça… je suis trop con.
– Oui… Bon courage pour la ramener… tu vas ramer.

Enzo se sent con. Il entre dans la chambre d’Emma, elle était assise en tailleur sur son lit et jouait avec sa console, son gros chat lui ronronnait dessus.

– Emma…
– Deux secondes PUTAIN TU VAS CREVER OUI ?!
– Ah à ce point…
– MAIS PAS TOI ATTENDS DEUX… non c’est bon j’l’ai poutré. Qu’est-ce qu’il y a ?
– Je voulais te dire que je suis désolé pour ce que j’ai dit tout à l’heure.
– Non t’inquiète, je comprends et j’ai l’habitude…
– Moi je ne comprenais pas. Maintenant si… alors je suis vraiment désolé. Je peux faire quoi pour me racheter ?
– Me laisse plus avec les sorcières. Même en rêve…
– Oui c’est une évidence, même pas en rêve !

Il faut remonter une équipe de personnes de confiance sur lesquelles Emma pourra s’appuyer. Mais il ne faut pas qu’elle les connaisse non plus. Enzo appelle alors des gens qu’il sait de confiance et leur demande de venir à l’appartement. Emma recommence le rituel des vidéos puis va s’installer à la cuisine avec eux, autour d’un café.

Elle les regarde, ces personnes sont souriantes, elles semblent doucent et sincèrent. Emma ne se sent pas encore à l’aise mais n’est pas non plus mal à l’aise. Elle boit son café, pique une madeleine ramenée par l’une des personnes. Sa grand-mère lui en a fait plein pour l’occasion. Elles ressemblaient à celle de sa grand-mère. Emma avait cette pointe de nostalgie, quelques larmes avaient envie de couler mais après une gorgée de café ça va mieux. Ces gens parlaient de la vie actuelle dans le sud de l’Italie. Ce n’était facile pour personne mais ces gens étaient heureux. En tout cas, ils savaient la chance qu’ils avaient : pas vraiment d’horraires, pas vraiment de stresse, beaucoup d’entraide et d’empathie envers les autres… Emma aimait ces gens.

Oh bien sûr ces personnes n’étaient pas parfaites, personne ne l’est. Mais aucune parole méchante ou moqueuse ne sortait de leur bouche. Et c’est tout ce qui comptait pour Emma.

Elle doit donc apprendre ces cinq nouveaux portraits pour recommencer encore. Elle ne connait pas les consignes qui seront données à ces nouvelles personnes mais elle espère ne plus penser à des personnes nues, sur un chiotte avec des ours qui volent.

Plus elle les regarde et plus elle les aime. Chaque geste non réfléchi, chaque parole instantanée, chaque clignement des yeux non contrôlé. Tout, absoluement tout lui plaisait. Cette douceur dans leurs regards et dans leurs gestes… Elle savait que ça allait fonctionner. Au bout de quelques heures à les observer, elle ne peut pas s’empêcher de lâcher un petit “et si on pouvait refaire le monde ?”.

Et là, le débat commence. Il ne faut pas un président ou un roi il faut une assemblée de personnes maîtrisants leur domaine de compétences. Emma sourit. Elle attendait ce mot irritant qu’est “expert” mais il ne vient pas. Elle apprécie. Puis les gens partent sur le numérique. Numériser pour gagner du temps et de l’argent. Emma attendait ce mot irritant qu’est “digital” mais il ne vient pas. Elle apprécie. Puis les gens partent sur la liberté de pouvoir s’envoyer des messages privés sans que personne ne puissent les lire. Emma ne peut s’empêcher d’intervenir…

– Il suffit de chiffrer les données. Mails ou messageries instantanées ça existe. Je peux monter un serveur. La seule personne qui aura accès aux logs c’est moi.
– Et donc aux conversations ?
– Non. Si c’est chiffré je ne peux pas lire les conversations. Et même si ce n’est pas chiffré et que c’est donc techniquement possible, ce n’est pas éthique, je ne peux pas faire ça.
– Si tu peux techniquement, tu viens de le dire !
– Oui c’est techniquement possible mais immoral. Et ce n’est pas parce qu’on peut techniquement faire quelque chose que ça doit être fait.

Emma ne parlait pas beaucoup, sauf lorsque le sujet l’intéressait. Ses nouveaux et nouvelles connaissances avaient l’air emballé par l’idée. Il ne fallait cependant pas de contact avant les deux jours. Par conséquent, Emma leur donne rendez-vous après afin de pouvoir monter un petit serveur maison qu’elle pense mettre au cybercafé et de leur apprendre à chiffrer leurs échanges. Ces personnes pourront ainsi apprendre à d’autres comment faire et ainsi de suite. Un peu comme les confitures de nos grand-mères. C’est parce qu’elles transmettaient leurs recettes qu’il est aujourd’hui possible d’en avoir une bonne à la maison.

Il commence à se faire tard et chaque personne rentre chez elle. Emma est pour une fois impatiente de nouveller l’opération. Cette équipe semble être la bonne. Elle espère tellement que ça soit la bonne…

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