#MercrediFiction #3.11 – Retrouvailles.

Emma et Enzo arrivent devant l’appartement quand le téléphone d’Emma sonne.

– Jules ?
– Je suis à la gare… une adresse ?
– Oui le 10 Marino Brancaccio à côté de la Porta San Biaggio.
– Tu me parles chinois là.
– Non italien.
– Commence pas tu as très bien compris.
– Je viens te chercher.

Elle se retourne vers Enzo.

– Jules est à la gare…
– Je viens avec toi ça ne devrait pas prendre trop de temps.

Ils se mettent en route direction la gare. Emma se souvenait de ce chemin qu’elle avait emprunté il n’y a pas si longtemps que ça. Ces ruelles accueillantes, cette odeur dans les rues, ces gens qui sourient…
Ils arrivent enfin à la gare.

– Hey Paul !
– ah ah ! Tu m’as manqué Miss !
– Jules voici Enzo, Enzo voici Jules.
– Pourquoi tu l’as appelé Paul s’il s’appelle Jules ?
– Vieille blague amicale, Enzo, t’inquiètes pas.

Tous les trois se mettent en route vers l’appartement où Emma dormait.

– Comment était le voyage ?
– Stressant. Comme à chaque fois que tu pars.
– Désolée…
– T’inquiète pas ça fait partie du jeu.
– Oui mais bon… je partirai moins loin la prochaine fois. Promis.
– Tu me racontes ?
– Eh bien, j’ai un travail, un appartement aussi.
– Mallow est avec toi ?
– Voui je l’ai pris…
– Pauvre chat, c’est le chat qui aura voyagé le plus au monde je crois.
– Je suis sûre que non !

Ils continuent de parler de tout et de rien. Jules avait bien compris qu’Emma ne dirait rien dehors.
Ils arrivent enfin à l’appartement. Emma monte la première. Jules en second et Enzo ferme la marche.

Arrivés en haut, Emma regarde ce qu’il y a dans le frigo. Carottes, tomates cerises, billes de mozzarella, concombres… Elle sort tout ça et s’assoit. Elle commence par éplucher les légumes et Jules et Enzo les coupent.

– Donc j’ai commencé à travailler pour le vieux Michele… Et hier, j’ai eu la visite surprise d’un mec qu’ils appellent le fossoyeur.
– Génial ce nom…
– Il voulait que je taff pour lui.
– Et t’as dit non quand même ?
– Je sais pas pourquoi j’ai dit oui. Me juge pas !
– Vous savez tous les deux… on peut faire et dire ce qu’on veut mais on ne négocie pas avec le fossoyeur ici… On peut essayer mais il a toujours ce qu’il veut.
– Et donc vous entrez en resistence jusqu’à crever ?
– C’est l’idée.
– Emma…
– Oui Jules je sais… mais techniquement je suis morte sept fois, j’ai encore deux vies.
– Et si tu ne les avais pas ?
– Et si je les ai ?

Ils continuaient tout en épluchant et taillant leurs légumes. Jules semble content de revoir Emma. Et ce plaisir est réciproque. Enzo semblait un peu perdu dans tout ce français. Il comprenait les mots mais avait un peu de mal à suivre le rythme. Et il ne parlait pas français même s’il arrivait à comprendre l’idée des phrases. Jules ne parlait pas italien mais arrivait à comprendre quelques mots.

– Je comprends ce que tu vis depuis une semaine Piccolina, c’est difficile d’être immergé dans une langue qui n’est pas la tienne.
– Je sais pas… J’ai toujours entendu l’italien à la maison.
– Ah donc ce n’est pas encore pareil…
– Désolé de vous couper mais… c’est quoi le plan ?
– Bah couper les légumes et après j’fais une sauce et on picore non ?
– Je parlais de l’autre plan…
– Ah. Celui là… y en pas encore.

Les légumes étaient épluchés et coupés. Ils commencent à refaire le monde autour d’un verre de vin blanc. Emma se serait bien vu maître du monde. Enzo et Jules l’auraient plutôt vue administratrice systèmes.

– Mais c’est ce que je fais !
– C’est que tu as trouvé ta voie !
– Oui mais le but du jeu c’est d’inventer des trucs, pas de donner la réalité !
– Oui mais là on peut pas te voir cuisinère par exemple, ça serait vraiment pas crédible.

Et ils rient. Enfin. Emma se sentait bien. Tout oublier un instant pour dire des bêtises. Refaire le monde ensemble, encore.
Et c’était ça leur force : être ensemble.
Emma avait le cerveau en ébullition. Elle avait la solution. Il suffisait de rassembler les gens. D’être ensemble tout simplement. Que pourrait faire la Mafia si tout le monde était contre elle ? Abattre le village en entier ? Ou simplement laisse la ville hors de contrôle ?

Il faudra bien entendu être organisés. Et faire l’entretien des route. Le ramassage des poubelles. Reprendre l’immobilier… Un chantier colossal pour une seule femme.
Elle tentait de retourner ça dans tous les sens en croquant dans des bouts de carottes. Mais chaque scenario se terminait avec la victoire de la Mafia.

Mallow se réveille et vient sur les genoux d’Emma pour voler un petit bout de carotte qu’elle lui donne. Elle en profite pour raconter à Jules comment s’est passée la journée d’hier dans les détails. Elle ne comprenait toujours pas comment le fossoyeur pouvait avoir le dessus.

Elle explique que le seul moyen d’y arriver est de rassembler les gens. Si tous les habitants se mettent ensemble, la victoire sera plus facile. Sauf qu’elle n’a pas pris en compte le facteur peur. Les gens ont peur de l’inconnu, peur de ce qu’ils ne maîtrisent pas. Peur de s’aventurer là où ils n’ont jamais mis les pieds. Si Emma leur disait de s’opposer à la Mafia, à ce système qu’ils ont toujours connu.

Ici, la Mafia fait beaucoup pour les gens et ne demande que leur silence en échange. Mais ne vaut-il pas mieux vivre libre et sans peur plutôt que d’accepter un système corrompu et merdique ?

Emma prend un bout de concombre et commence.

– Faut rassembler les villageoises et les villageois.
– D’accord mais tu comptes t’y prendre comment Piccolina ?
– Je sais pas je l’ai jamais fait…
– Il faut trouver une cause commune, quelque chose qui rassemble… qu’ont les gens en commun ?
– J’sais pas ils font tous caca ?
– Emma…
– OK OK, la liberté, ils veulent tous leur liberté. Ou ne plus avoir peur.
– Ne plus avoir peur… ça oui… Les gens se foutent de leurs libertés finalement, si tu leur retires des libertés en échange d’un semblant de sécurité ils sont tous derrière toi…
– C’est vrai… donc il faut un monde sans peur.

Les trois amis savent que ça ne suffira pas, mais ils n’ont rien d’autre à proposer. Emma se demande encore comment serait-il possible de faire quitter leur zone de confort à des gens qui n’ont jamais connu autre chose ?

Enzo sent enfin le vent tourner, il est plutôt confiant et pense que c’est une bonne chose. Il se dit que perdre la vie pour une cause qui en vaut la peine, c’est peut-être des centaines de vies futures changées et libres.

Jules, quant à lui, ne comprend pas comment en une semaine Emma pouvait avoir mis une telle pagaille. Ce n’était ni logique, ni rationnel. Cependant la cause est juste. Après tout, si un village peut être sauvé, peut-être que le pays pourra l’être… et l’Europe… puis le monde ?

Parce qu’il ne se voilait pas la face, en France ou ailleurs en Europe ils n’avaient peut-être pas la Mafia, mais d’autres tiraient les ficelles dans l’ombre. Les grands groupes, les lobbies, les personnes influentes… Chaque pays avait les siens. Les peuples n’ont jamais été libres. Alors si, pour une fois, un petit village pouvait aspirer à une réelle liberté… pourquoi pas ?

Vivre libre ou mourir. C’était leur point de départ. Mais ils savaient que les villageoises et les villageois préfèreraient laisser leurs libertés si on le promet la sécurité. Il faudrait réussir à leur faire comprendre que la sécurité n’éxiste pas. Jamais. Qu’on pourrait mettre un flic derrière chaque cul ça ne changerait rien.

Par contre, ne plus avoir peur c’est la réelle liberté. Imaginons un monde où le peuple n’a plus peur de ses dirigeants ? Imaginons un peuple qui n’a plus rien à perdre ? Et d’ailleurs… pourquoi le peuple devrait avoir peur si c’est lui qui gouverne ? Parce que oui, techniquement, dans une démocratie, c’est le peuple qui a le pouvoir.

Et si le peuple reprenait enfin ce pouvoir ? Et si le peuple n’avait plus peur de perdre son emploi ou sa maison ? Et si le peuple reprenait enfin son dû ?

Emma sait qu’il reste du bon dans chaque personne. Le tout est de le révéler. De le trouver. Pour certaines personne c’est facile, pour d’autres beaucoup moins. Mais avec le temps, elle reste persuadée qu’un monde meilleur est possible. Il ne sera pas parfait (rien ne l’est), mais possible.

Elle aime y croire encore un peu, en avalant sa tomate cerise avec son chat qui ronronne encore et toujours sur ses genoux.

hackorn

Un peu magique, un peu trash, un peu tout, surtout rien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.