Emma rentre dans l’épicerie du vieux Michele et commence son travail. Ernesto et Michele étaient là. Visiblement ils avaient quelque chose à se dire.

Michele commence à expliquer à Emma qu’il ne faut pas faire ce qu’elle fait. Emma ne comprend pas où est le mal. Ernesto continue. Visiblement, ils s’inquiètent juste un peu trop pour Emma et Enzo. Mais ce ne sont plus des enfants, ils comprennent les enjeux.
C’est assez difficile à expliquer, mais parfois, avoir une personne dans sa vie peut tout faire basculer. Les moyens de pressions sont là.
Ernesto explique timidement qu’Enzo a eu quelques soucis avec la Mafia.
Michele explique qu’ici, elle est omniprésente. Les routes, le ramassage des ordures (dans tous les sens du terme), les nouvelles constructions et bien entendu le trafic de drogue.

Michele raconte à la petite qu’il y a peu de temps, un chantier de construction a employé des migrants. Lorsque le chantier s’est terminé, les migrants se sont présentés pour recevoir leur paie. En lieu et place de leur argent, ils ont reçu la police italienne qui les a tous embarqués.
La Mafia les a tous fait sortir, un par un, et a demandé au constructeur de les dédomager. Il a refusé. Ses bâtiments ont été détruits. Il n’y a eu aucun blessé, seulement des miliards d’euros de perdus. Enzo faisait parti de ces travailleurs, bien qu’italien, il a été pris comme tous les autres. Il n’y avait qu’une poignée d’italiens dans la foule de migrants. Mais, pour la Mafia, ils étaient tout de même redevables. Enzo n’était pas de cet avis. Il n’a pas voulu travailler pour la Mafia. Aujourd’hui ils en ont après lui encore.
Ernesto explique à Emma qu’elle est donc un moyen de pression facile pour la Mafia. Pour faire plier Enzo.

Emma réfléchit… et se lance.

– Moi ? Je ne suis rien. Ils veulent venir me faire du mal ? Pas de souci, j’ai un passé. Ce qu’ils me feront subir ça sera rien comparé à ce que j’ai pu vivre.
– j’en doute Piccolina, j’en doute. J’admire ton courage, mais…
– Ernesto, je n’ai plus rien à part mon chat. Aucune moyen de pression possible sur moi.
– Il n’y a pas que ça…
– La torture ?

Emma déboutonne son jean et le baisse. Ses jambes étaient encore couvertes de lacerations et de bleus. Elle soulève son pull et se tourne. Son dos était couvert de cicatrices.
Le vieux Michele, la voix tremblante.

– Mais qu’est-ce qu’on t’a fait ?
– Je… Je peux survivre à la Mafia non ?

Le vieux Michele s’assoit. Emma retient ses larmes. Ernesto ne sait plus quoi dire.

– Raconte-nous ton histoire.
– Je peux pas. J’y arrive pas. Peut-être que ça viendra un jour… mais pour l’instant j’y arrive pas.

Emma avait déjà vécu la torture, les viols, la solitude et l’isolement. Elle avait survécu à tout ce qu’on pouvait lui faire subir. Se relevant toujours. Elle avait toujours réussi à survivre. Et à chaque fois c’était le même rituel : elle s’isole, fuit et tourne la page. Les cicatrices sur son corps lui rappelaient sans cesse que la confiance ne peut pas se donner aussi facilement qu’elle aurait voulu le faire. Les blessures n’étaient pas que physiques… ces dernières se soignent et s’estompent avec le temps. Les blessures morales restent… elles s’estompent mais il y reste toujours une trace dans un petit coin de mémoire.

– Tu pourras toujours compter sur nous Piccolina… Toujours.
– Je… C’est ce qu’ils disent tous tu sais… mais ça va.
– Nous ne sommes pas tout le monde ici…

Emma savait que, même si elle était bien pour une fois, elle ne pouvait cependant pas se relâcher. Quoi qu’il arrive, la vie fait que les gens ne tiennent pas forcément leurs promesses. Pas forcément qu’ils ne veulent pas, mais parfois, la vie les sépare, la vie fait qu’ils ne peuvent simplement pas les tenir. Parfois elle fuit avant de voir si ces paroles étaient sincères ou non.

Elle aurait tant aimé pouvoir se dire que cette fois c’était la bonne. Qu’elle aurait enfin une vie pas trop merdique. Que pour une fois ces gens resteraient près d’elle, qu’ils formeraient une bulle protectrice pour que rien de mauvais ne rentre dans cette bulle…

Emma se remet au travail, les larmes aux yeux. Mais occuper sa tête à autre chose c’est tout ce qu’elle a trouvé pour éviter de penser un peu trop à son passé et son futur.

La journée terminée, elle rentre chez elle avec son gros chat. Elle voit Enzo qui l’attend devant la porte. Elle le fait entrer. Ils montent tous les deux. Sans rien dire. Ils s’enferment dans la chambre. La porte se ferme, Enzo ne peut s’empêcher d’embrasser Emma passionnément. Emma sent les frissons parcourir son corps. Ce qui devait arriver arriva.

Emma reprend doucement ses esprits dans les bras d’Enzo.

– Pourquoi tu ne m’as rien dit ?
– Ah… Ils t’ont raconté…
– Oui, je ne connais pas la part de vérité ou d’invention.
– Je suppose qu’ils t’ont dit la vérité. Ils n’ont aucune raison de ne pas le faire.
– D’accord.
– Tu me raconteras l’histoire de tes blessures quand tu seras prête ?
– Oui… Un jour, je pense que oui.

Enzo serre Emma dans ses bras. Comme s’il voulait mettre une petite bulle de protection autour d’elle afin que personne ne lui fasse du mal. Emma se sentait bien. Les moments où elle n’avait pas peur étaient rares. Et là, pour une fois, elle se sentait bien. Elle pouvait être elle-même, sans filtre, sans devoir cacher ses cicatrices physiques ou mentales. Sans devoir éviter le regard des gens, ou leur méchanceté. Sans devoir justifier ses choix ou culpabiliser de les faire.

Après un long silence, des échanges de regards et de sourires, des caresses qui se perdent, Emma reprend…

– Tu comptes rester ici toute ta vie toi ?
– Pourquoi ?
– Pour savoir juste… Savoir comment je dois envisager la mienne.
– Avec ou sans moi ?
– Ici ou ailleurs ?

Enzo sentait son cœur battre plus fort. Le cœur d’Emma s’emballait aussi. Les mots n’avaient pas d’importance, les regards et les gestes parlaient suffisamment.

Emma s’endort doucement dans les bras d’Enzo qui s’endort sans trop de mal non plus pour une fois. Tous les deux bercés par les ronrons de Mallow qui ne quitte toujours pas sa petite maîtresse.

Demain sera un autre jour. Peut-être meilleur, peut-être pire, mais au moins elle n’était plus seule pour affronter le monde. Enzo serait là pour apaiser ses craintes et garder sa petite bulle de rêve intacte. Il n’avait jamais vu une femme aussi forte et fragile à la fois. Une femme qu’on a envie de protéger même si elle n’a jamais eu besoin de qui que ce soit pour s’en sortir. Une femme qui donnait son amour sans compter tant que c’était réciproque. Auprès d’elle, il pouvait être lui, elle ne le jugerait jamais pour ce qu’il a fait, mais elle le soutiendrait quoi qu’il arrive. Il le savait.

Il y a des rencontres dans une vie qu’on n’oublie pas. Emma savait qu’Enzo en faisait partie et qu’elle ne pourrait jamais oublier cette sensation de bien être qu’elle avait lorsqu’il était près d’elle. Un regard pouvait lui faire oublier le monde. Un message dessinait un sourire sur son visage. Un petit mot pouvait sécher ses larmes et les transformer en rires. Tant qu’il serait près d’elle, elle savait que rien de mal ne pourrait se passer. Du moins, rien d’insurmontable.

Elle avait survécu seule toutes ces années. Elle commençait à se dire qu’à deux, tout doit être moins pénible. Avec lui, tout devrait être supportable.

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