Emma arrive à la gare de Lecce, enfin. Il n’y a pas beaucoup de monde, mais le monsieur qui la regardait dans le train est là. Elle ne le connait pas… ne comprend pas pourquoi mais après tout ce n’est peut-être qu’une coincidence.

La gare n’est pas très grande, elle est simple mais fonctionnelle, comme la gare de sa petite ville française. Elle se dirige vers un petit hôtel près de la gare et demande si ils tolèrent les animaux. La dame de l’accueil répond que oui mais il faudra être discret.
Emma prend une clé, monte dans sa chambre et sort de sa valise un petit bac et du journal.

– C’est pas optimal mais il faudra t’en contenter pour l’instant Mallow.

Le chat saute dans la litière et analyse le papier. Emma sort une petite coupelle qu’elle remplit d’eau, et une autre où elle dépose un peu de croquettes. Elle se dirige alors vers la douche. Enfin elle peut se doucher après un voyage si long… Elle prend son temps et se détend un peu sous le regard bienveillant de son chat.

Une fois sa toilette terminée, elle regarde son gros chat :

– Je vais aller chercher quelques trucs pour tenir les prochains jours, sois sage surtout, je reviens dès que possible.
– Maaawwww

Mallow se couche sur le lit, elle dépose une caresse sur son bidon, prend le nécessaire pour faire quelques courses et sort.

Elle en profite pour découvrir un peu la ville. Elle arrive dans le centre historique par la Porta San Biagio. Une énorme porte. Il y en a trois pour entrer dans le Centre historique de la petite ville. la porta San Biagio, la Porta Rudiae et la Porta Napoli.

Devant cette porte se trouve un camion qui vend des fruits et des légumes. Elle ne peut pas cuisiner à l’hôtel mais c’est intéressant. La première rue, sur sa droite, s’appelle la Via Marino Brancaccio… elle la prend et la remonte, puis tourne encore sur sa droite… Via dei Verardi… pour arriver sur la Viale Francesco Lo Re. Elle tourne sur la gauche… comme si elle connaissait, comme si elle savait où ses pieds l’emmenaient… Elle arrive à un petit marchand de fruits et légumes. Elle comprend qu’elle n’aura pas grand chose d’autre ici. Elle achète des oranges, quelques cerises et des bananes. C’est un vieux monsieur, elle sourit. Parler italien ici, quand on a une bouille d’italienne est plutôt facile, les gens sont chaleureux, accueillants. Elle avait besoin de ça. Il ne veut pas la faire payer pour si peu… elle sort alors une pièce de deux euros et la lui tend. Le monsieur lui sourit, prend sa pièce, et lui tend un pot de confiture qu’il a fait lui même, ainsi qu’un morceau de pain. Elle le remercie chaleureusement et sort.

Elle décide alors de s’enfoncer un peu plus dans le centre historique. Elle arrive à la Piazza Sant’Oronzo. Elle y trouve une mosaïque en plein milieu… bordée par un Mac Donald’s, un amphithéâtre ancien et un tabac. Elle y repère également une pharmacie, ça peut aider. Elle continue, voit des palmiers, de la verdure, les gens sourient. Elle se demande si elle a changé de monde, si un monde comme ça peut exister…

Elle croise beaucoup d’églises, ça la gêne un peu de passer devant et de ne pas y entrer quand les habitants l’invitent à le faire.
Emma ne croit pas en Dieu, elle ne peut pas y croire, pas après son passé. Si Dieu existe pourquoi s’acharnerait-il contre elle ? Pourquoi à ce point ? Elle n’a jamais eu une mauvaise pensée pour quelqu’un, n’a jamais été mauvaise avec une personne. Malgré des questions parfois déplacées, elle garde sa naïveté d’enfant et n’a pas un soupçon de méchanceté dans sa tête, ou dans ses gestes. Elle compatit toujours avec les gens et comprend facilement leur point de vue, même si elle ne les adopte pas. Par contre, elle n’arrive toujours pas comprendre la haine que peuvent avoir les humains…

Le Sud de l’Italie lui rappelle sa grand-mère. Ces gens accueillants, ils n’ont rien mais offrent tout… Elle n’est pas certaine de pouvoir trouver un emploi ici… mais elle peut essayer.

Elle passe devant un cyber café… Elle y entre sans grande conviction. Le jeune homme lui demande une carte d’identité afin de lui faire une carte pour utiliser les services proposés. Elle hésite… Il lui tend une carte en lui disant qu’elle peut tester. Sans rien donner.

Elle se connecte. Elle regarde vite fait. Un bandeau vert lui indique qu’elle a 1h de crédit. Elle voit le décompte. Elle n’a pas l’habitude. Elle décide de changer la date du PC… Comme on pouvait le faire avec les vieux jeux vidéos. Et elle se voit créditer d’un jour de plus. Elle sourit Elle regarde vite fait ce qu’elle a loupé en news, puis se déconnecte. Elle retire la carte et remet le PC à l’heure.

Emma se dirige vers le jeune homme, lui tend la carte et lui explique qu’elle y a ajouté une journée de crédit. Il semble surpris. Il ne comprend pas. Il se dirige vers un autre PC de la salle et regarde le crédit. Effectivement, il a bel et bien augmenté.

– Comment as-tu fait ?
– Simple : j’ai changé l’heure du PC.

Il tente… Le crédit change.

– Je regarderai ça. Merci beaucoup.
– De rien.
– Tu veux quoi en échange ?
– Rien.

Il va chercher quelque chose derrière son comptoir et lui tend une carte.

– Tiens, tu as le droit de venir ici autant que tu veux.
– Je… Je ne peux pas accepter, c’est rien du tout, vraiment.
– En Italie on ne refuse jamais un présent !
– Merci… Je m’appelle Emma.
– Ernesto, bienvenue à Lecce !
– Merci Ernesto… Je… Tu ne sais pas où je pourrais trouver un job ?
– En informatique ?
– N’importe quoi, c’est pour pouvoir payer un futur loyer.
– Tu es douée, ça se voit. Ne lâche pas. Mais tu devrais aller voir le vieux Michele, il sait toujours tout et pourra te dire où aller travailler.
– Je le trouve où le vieux Michele ?
– Tu viens de chez lui je crois, vu le sac en papier que tu as.
– Ah ? L’épicerie ?
– Oui, le vieux Michele !
– Merci j’irai le voir demain… il va bientôt être 13h, il va fermer…
– De rien Piccolina, bonne soirée.
– Merci encore !

Emma repart avec son sac et retourne à son hôtel. Mallow, qui n’avait pas bougé, entend la porte s’ouvrir et s’étire doucement. Elle ouvre ses courses et pioche dans ses cerises.

– Demain Mallow je trouve un job et après on pourra quitter l’hôtel et tu auras une vraie litière avec ton petit coin rien qu’à toi !

Le chat Mallow se glisse sur les genoux d’Emma venue s’asseoir sur le lit et commence à ronronner au contact de la main de son humaine sur sa fourrure dense et douce.

Emma se demandait comment tout ça pouvait être possible. Habituellement c’est galère une nouvelle ville, personne ne lui parle, personne ne l’aide, elle se sent juste incroyablement seule. Son anxiété sociale n’aidant pas à se faire de nouveaux amis, elle se sent souvent à l’écart et y reste par peur de déranger. Elle n’aime pas vraiment les gens, mais ici ils semblent si vrais, si sincères… Ici ils n’ont peut être rien mais ils n’hésitent à pas donner, à tendre la main.

Peut-être que pour une fois, juste une fois, elle serait bien ? Peut-être que pour une fois elle ne se sentirait pas de trop ? Peut-être que pour une fois elle serait simplement heureuse ? Peut-être que pour une fois, juste une fois, elle trouverait enfin sa place ?

Elle s’endort contre Mallow, après tout, 13h en Italie c’est l’heure de la sieste. Emma a quelques heures de sommeil en retard et se détend enfin de son voyage…

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