Tu prendras bien une crêpe à la vie privée ?

Aujourd’hui c’était jour des crêpes au boulot. Donc on se réunit, on mange des crêpes salées et sucrées (et j’ai même mangé de la Nutella pour m’intégrer et tout hein ! ) et on papotte entre collègues. Et je me sens seule. Tellement seule. Arrivé au moment où on me pose la question “Mais toi t’envoies jamais de SMS ??”. Et bien non… sauf si mon XMPP est en rade, sinon non. Et là… C’est le drame, tout s’enchaîne. 

– Bah v’la comme ça doit être relou d’être ton ami à toi !
– Bah je m’en fous j’ai pas d’ami.
– Ah bah je comprends pourquoi !

Ou encore…

– Non mais moi j’aime bien avoir les promos, ça me fait économiser des sous !
– Mais c’est pas gratuit et ils y trouvent leur compte…
– Ben moi aussi !

Et j’ai eu droit à :

t’es parano, on en est pas encore là on aura le temps de se rebeller quand on y arrivera !

Sauf qu’on y est déjà un peu quand même…

Le bracelet connecté obligatoire pour les étudiants d’une université américaine (tu peux voir ça ici).

Oui c’est bon pour leur santé : faire 10 000 pas par jour et du sport pendant la semaine c’est plutôt pas mal oui… Mais il se passe quoi quand l’étudiant travaille pendant ses études et n’a donc plus le temps de travailler, étudier ET faire du sport ?
Une personne a mobilité réduite sera-t-elle exemptée ou alors discriminée ? Qu’en est il du libre arbitre ? Si j’ai envie de boire un verre ? Si un soir j’ai pas envie de faire du sport parce que je suis fatiguée ? Si je baise avec un(e) autre étudiant(e) : soit on enlève nos bracelets en même temps et ça se voit… soit on les garde et ça se devine.
Et la suite ? On va généraliser ça pour la santé et la sécurité de tous… ok, sauf que normalement l’humain a son libre arbitre, il a son choix à faire. S’il veut boire une bière… pourquoi devrait-on le montrer du doigt ?

Ce sont les assurances qui vont se frotter les mains !

Et bien oui… on peut voir fleurir quelques assureurs qui, si tu équipes ta voiture d’une dashcam (dashboard camera, soit une caméra embarquée), réduisent le prix de ton assurance. Tu peux aussi avoir une appli qui va déterminer si tu es un bon conducteur ou non.
Sauf que… cette application est juste dangereuse : un bon conducteur ne fait pas de freinage d’urgence, tu perds donc des points si tu en fais un. Un feu passe à l’orange… le réflexe est donc d’accélérer au lieu de freiner. Pour ne pas perdre de point vis à vis de ton assurance. Oui, oui, mais tu comprends c’est pour ta sécurité hein.

Et plus tard on te demandera de porter un bracelet pour connaître le montant à verser à ton assureur… Sauf que le principe de base c’est que tout le monde donne et couvre finalement les dépenses… Pas que l’assureur s’en foute plein les poches. Enfin moi j’dis ça j’dis rien hein…

Et si on parlait crédit ?

Et oui… je sais je suis parano… sauf qu’on y arrive en fait. Je suis Madame Prout. Je veux acheter un appartement. Qu’importe le prix. Qu’importe mon revenu, on me demande déjà une prise de sang et un avis médical. Il faut également que j’ouvre les résultats de mon bracelet connecté à ma banque et à mon assurance. Bracelet qui enregistre mes pas, mon sommeil, le sport que je fais ou que je ne fais pas etc… Bien entendu, l’appli qui va avec ce bracelet m’aide aussi à prendre soin de moi, je peux y noter mes repas et ainsi le nombre de calories que j’ingère. Et si je n’avais pas pris ce putain de paquet de pringles hot&spicy à l’amazon market, j’aurais sûrement eu ce putain de crédit.

Alors oui c’est loin. Oui peut-être que ça n’arrivera pas. Oui faut pas être parano tout le monde se fout de mes données à moi. Sauf que le souci ne sont pas MES données, mais les interactions. Le souci n’est pas d’être parano, c’est de se protéger.

Quand on en sera là on se rebellera

J’aime cette phrase. Je l’aime parce que je l’ai entendu encore aujourd’hui. Comme je l’ai entendu dans le passé. 

DADVSI, LOPPSI, HADOPI, ACTA, CETA, TAFTA etc… ça vous dit quelque chose ?
Il y a des gens qui se battent chaque jour pour que nos libertés soient défendues. Ils ne sont pas paranos, ils sont juste conscients que l’avenir se joue dans le présent. Demain il sera trop tard. Tout sera tellement ancré et normal que si on vous le retire ça sera “tu es parano, arrête, c’est pour notre bien”.

C’est ça le pire… le prétexte de “c’est pour ton bien” ou “c’est pour ta sécurité” c’est juste non.
Alors oui, commander du litter locker sur amazon et les avoir en deux jours parce que tu en chies à les trouver dans une animalerie et que ça urge un peu… voilà, commander un steampod 165€ au lieu de 220€ voilà… Maintenant faire mes courses sur amazon… non. Donner mes mails à Google… non.

Les mails à Google…

J’ai réservé un hôtel à une date. Je l’ai fait avec un autre compte mail perso. J’envoie le PDF (important) sur l’adresse Gmail d’une personne qui m’accompagnait. La personne s’est vue proposer des séjours alors qu’elle n’avait fait aucune recherche. 

Un autre exemple plus récent ici

Alors oui c’est ma vie. Et c’est la tienne. Tu en fais ce que tu veux… mais laisse moi hors de la tienne alors. 

Parce que si toi tu t’en fous de filer ta vie… c’est cool, mais fais le au moins pour les autres. Fais le pour tes gosses qui n’auront pas envie que ses copains trouvent sa photo en couche culotte sur facebook.

Après, si tu partages volontairement, que tu en as conscience, et que ça ne gêne pas ton entourage… GG tu as sûrement gagné le jeu. Même si toi et moi on sait très bien qui est le vrai vainqueur.

hackorn

Un peu magique, un peu trash, un peu tout, surtout rien.

7 Replies to “Tu prendras bien une crêpe à la vie privée ?”

    1. Sauf que je bosse dans l’IT… Et passer du FOSDEM à des réflexions de ce type j’ai un peu de mal… Après je m’en fous, techniquement nous on se démerdera toujours et on pourra toujours contourner le système puisque c’est ce qu’on a toujours fait… Eux par contre…

      1. C’est tellement dérangeant ce commentaire et à pleins de niveaux:
        * JE m’en fous
        Déjà d’accord, _vous_ vous en foutez, mais quid du clampin qui sens bien que quelque chose ne tourne pas rond et qui n’a pas lui les connaissances et le temps de les acquérir pour contourner justement ? Il peut crever dans son trou ?

        * On pourra toujours (sous entendu, nous les élites geek) contourner

        Alors certes, oui, on contournera, un temps, parce que techniquement on peut encore, mais la lutte contre les contournements s’organise, techniquement d’une part (parce que s’il y a des gus pour contourner il y en a aussi, pas moins doués contrairement à ce que vous semblez penser, pour sécuriser les systèmes, et cette course à échalote n’est pas près de cesser), et surtout là où c’est moins drôle, légalement.

        On fera quoi quand ça coûtera cinq ou dix ans de tôle de contourner et qu’on se fera choper ? Aujourd’hui dans certain pays l’utilisation d’un VPN est devenue illégale (pour ne citer que la mesure de base de contournement). Vous pensez vraiment que ça ne va pas arriver chez nous si personne ne fait quelque chose pour s’opposer à ce genre de mesure ? que ça ne va pas aller dans le sens de l’aggravation, de la restriction ? Si c’est le cas je salue votre optimisme outrancier

        Alors oui, il y aura toujours du monde pour passer à travers les mailles, de moins en moins de monde au fil des avancées techniques, nécessitant de plus en plus de moyens, au prix de plus en plus de risques légaux, mais il y en aura.

        Le problème n’est pas cette minorité là, mais l’immense majorité des autres, des gens ordinaires, qui n’ont pas demandé à ce qu’on les espionne en temps réel 24/7, qui n’ont pas eu l’impression d’abandonner leurs liberté au prix d’un peu de sécurité, qui se sont laissés convaincre par le langage du marketing, la facilité d’utilisation, les bénéfices des applications, sans jamais avoir été vraiment informés (autrement que dans des licences utilisateurs de 50 pages en corps 6 rédigées par des batteries d’avocats, dont le rôle est des les rendre les plus restrictive et absconses possible, faisant en sorte qu’on les accepte sans les lire) de ce qu’il abandonnaient en échange. Votre responsabilité, en tant qu’être humain concerné devrait être d’expliquer à ces gens ce que ça leur coûte, et leur coûtera à l’avenir, de marteler à votre entourage que la vie privée, non, ce n’est pas une option, c’est un droit fondamental, comme de respirer, quitte à passer pour un doux cinglé, un parano. Parce que au fond vous en convaincrez quelques uns, pas beaucoup, certes, mais les petits ruisseaux….

        1. Oui oui on est bien d’accord… et je tente de faire quoi chaque jour ? Là on parle d’informaticiens, qui se foutent royalement de leur vie privée (et par conséquent de celle des autres) pour leur confort. Là je tente de leur montrer les alternatives et je dois dire que les gens non techniciens et qui ne bossent pas dans l’IT ont plus conscience de ça que des informaticiens qui devraient s’y intéresser un peu puisque c’est aussi leur travail.
          Après quand j’ai le genre de reflexion que j’ai mis dans l’article, j’en suis navrée mais je ne vais pas me battre contre des gens fermés hermétiquement. C’est leur droit d’utiliser ce qu’ils veulent, c’est le mien de me protéger et de ne pas vouloir en faire partie. Ce que je demande à la base c’est du respect. Ils en ont eux ? Ils dénigrent (“mais t’es parano, arrête on en est pas là !” etc…) alors que j’explique les choses. Sauf qu’ils préfèrent la facilité de facebook à tenter diaspora/framasphere. Ils préfèrent la simplicité de gmail intégré au téléphone à un protonmail (ou autre ?). Les alternatives existent aujourd’hui, ils ne veulent ni les utiliser ni comprendre que les données qu’ils fournissent sont aussi celles de leurs contacts.
          Alors apprendre et accompagner des gens qui veulent comprendre c’est dans mes cordes. Tenter d’expliquer à des gens qui préfèrent se moquer (“Ah bah c’est pour ça que t’as pas d’ami !” par exemple) c’est beaucoup plus compliqué.
          Aujourd’hui on peut encore tenter d’accompagner les gens. Demain ça sera trop tard. Et sincèrement, pleurer une fois que tu n’as plus le choix, c’est bien dommage mais c’est plus vraiment mon problème.
          Encore une fois, des gens viennent me voir pour me demander de les aider, je le fais. Quand on discute je tente d’expliquer le pourquoi du comment (d’ailleurs l’article l’explique en fait hein). Mais tenter d’expliquer quelque chose à quelqu’un qui est borné et qui préfère se foutre de ta gueule au lieu de tenter d’avancer, tu apprendras avec le temps que ça ne sert à rien. Et ça fonctionne avec tous les domaines de compétences.
          Le première chose encore une fois reste le respect des idées de chacun. Ils ne veulent pas entendre les alternatives, ça reste leur choix. Moi j’ai fait mon taff.
          Des bisous.

          1. En effet ça ce tient, contre les abrutis on ne peut pas grand chose.

            Cela dit, “avec le remps” : je me trimballe quand même 58 balais sous le harnois, du temps j’en ai vu passer, des abrutis aussi 🙂 Mais, de temps en temps j’en vois un revenir avec un léger doute, j’ai fait passer ma boite (pas grosse d’accord) au tout auto hébergé, on privilégie les alternative open-source pour à peu près tout.

            Je suis peut être optimiste aussi, mais je me dis qu’à force de faire de la pédagogie, ça paie, sauf pour les vraiment obtus 🙂 Et à ceux là je balance quand même des liens vers la Cathédrale et la Bazar, les articles de Rick Falkvinge (y’en a une très bonne série en ce moment qui compare les libertés analogiques avec leurs équivalent numériques), Des articles de Cory Doctorow, etc… Ils lisent ou pas, mais si je peux faire prendre conscience à ne serait-ce qu’une personne dans l’espace d’une année, j’estime que je n’ai pas perdu mon temps 🙂

  1. Je me permet de poursuivre ce debat. Tout d’abord je tiens a vous dire que je suis plutôt d’accord avec vous. J’emet cependant des doutes concernant le “ils font ce qu’ils veulent chacun est libre d’utiliser ce qu’il veut”.
    Je vais parler des “jeunes” parce que j’en suis et qu’il m’arrive souvent de discuter avec des copains ou non de ce sujet. Je recolte egalement des commentaires du meme genre mais aussi plein de gens qui ne voient pas pourquoi laisser filer notre liberté pour une pseudo securite c’est pas top. Pour des gens qui ne sont pas techniciens ( qui ne maitrisent pas les outils ) j’ai l’impression ( c’est mon experience qui est limitee je l’admet tout a fait ) qu’il est important de questionner les gens sur l’usage qu’ils en ont, de tous ces outils.
    Par exemple quand on en parle, ils me disent d’abord qu’ils sont au courant mais qu’ils s’en foutent/qu’ils n’ont rien a se repprocher. Souvent je leur reponds que c’est oublier que nous sommes dans une societe et qu’ils ne sont pas les seuls dans ce cas. Je leur demande aussi si ce qu’ils font sur les outils privatifs est vraiment interressant et si ils ne pourraient pas trouver un interet dans la recherche/bidouille pour les solutions libres.
    Ce que je veux dire ( j’ai l’impression de ne pas etre tres clair ) c’est qu’il me parait incomplet de considerer uniquement l’aspect technique de ce probleme. Il convient de quetionner l’usage et l’utilisation ( meme si je concoit que c’est difficile pour tout le monde y compris les devs )

    1. Encore une fois, on ne peut pas forcer quelqu’un à faire ce qu’il ne veut pas. Lorsque le débat est impossible perso je lâche l’affaire parce que je sais très bien que ça ne sert à rien. J’ai vu exactement les mêmes réactions à l’époque où le P2P étaient à la mode… et puis il y a eu hadopi et les mêmes qui se moquaient des gens revenaient tout doux pour comprendre comment faire pour avoir le dernier film de vacances à la mode… là ça se répète encore et toujours. Après ce qui me tue surtout c’est que ce sont des gens dont c’est le métier et qui comprennent que leur données sortent mais ils en sont content “moi ça m’évite de payer !”. Et quand on met le point “si tu le fais pas pour toi fais le pour les autres… “bah je m’en fous moi des autres, de toute façon leur vie est déjà sur facebook alors un peu plus ou un peu moins…” . J’aurais peut être dû préciser que c’est une seule partie, en fait, celle qui me gonfle bien, celle qui se fout vraiment de tout…
      Après j’ai aussi des collègues clairement moins techniques qui veulent apprendre et comprendre et avec qui on peu parler. Certains avaient conscience que c’était bizarre que ça soit gratuit, d’autres savaient mais ne connaissaient pas les alternatives, et d’autres n’y avaient jamais pensé et dans ce cas je les accompagne, petit à petit, comme je l’ai toujours fait finalement parce que ça reste une évidence.

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